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Revue Presse : Le poulpe, portrait d'un "gars "du coin

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L’animal tirerait son intelligence d’un cerveau “délocalisé “dans ses huit tentacules.
(PHOTO SOPHIE FALLOURD/picturaqua.com)

Midi Libre 16/09/2012

Qu’il soit “de roc” ou de sable, qu’on l’aime en salade ou qu’on le préfère statufié place Blum, le poufre ne laisse personne indifférent. Une personnalité locale, en somme.

Dire que les pêcheurs sétois, muscatiers, agathois, graulens, l’ont, longtemps, presque négligé. Qu’à l’instar du muge, on s’est longtemps refusé à apprécier ici ce dont d’autres se délectaient pas si loin. Et qu’il a fallu découvrir l’insatiable appétit des Espagnols pour une assiette de pulpo avant de se mettre sérieusement à sa conquête, même si on savait à Sète depuis fort longtemps, comment le “bacéler” (*). Une conquête réciproque, d’ailleurs, puisqu’au fur et à mesure que les tonnages de poulpes débarqués en criée faisaient du céphalopode une des principales richesses du port de Sète (premier port français tous littoraux confondus pour cette espèce en 2007 !), il détrônait, au fauteuil d’animal totémique, le dauphin à lèvres charnues figurant sur les blasons d’antan.

Mais qui est véritablement ce poulpe, présent en nombre sur nos côtes mais désormais absent de certaines tielles, qui lui ont préféré l’encornet ? Est-il aussi malin que l’affirment plongeurs, naturalistes et pronostiqueurs sportifs ? Largement ciblé par la petite-pêche côtière, est-il oui ou non en danger aujourd’hui ? Faut-il le manger en salade ou l’intégrer à un cassoulet marin ? Ferait-il, enfin, un bon animal de compagnie ? éléments de réponse...

1 Habitat, mode de vie.

Le pouple - ou pieuvre - est en bien des aspects étonnant. Quand il ne s’installe pas directement dans une cavité soigneusement choisie au cœur d’une zone rocheuse, il fabrique lui même son “nid”.

Alliant la dextérité de ses huit tentacules à son esprit pratique, il creuse en effet le sol pour bâtir ensuite autour de lui une sorte d’igloo constitué non de blocs de glace mais de coquilles de cardium. Il raffole en effet de ce bivalve dont les coquilles jonchent nos plages et qui n’est pas encore “ciblé” (pêché) en Méditerranée française. Sinon, le poulpe se reproduit au printemps, pondant généralement sur le plafond des cavités, et exprime un vrai souci de protection de sa ponte, rejoignant en cela la noble attitude des calamars. Dans son milieu naturel, le pouple de roc, généralement gris orangé, est par ailleurs capable d’une homochromie parfaite, se confondant avec son environnement.

2 Personnalité.

Qu’il soit de roc (“équipé” de deux rangées de ventouses par tentacules) ou de fond (on l’appelle alors l’eledone et il vit, lui, sur des zones sablo-vaseuses), le poulpe est réputé pour son tempérament curieux, voire joueur, que nombre de plongeurs ont pu expérimenter.

Mais cette familiarité, associée à la quête d’un habitat relativement confortable, concourt aussi à sa perte. Dès qu’il trouve au fond de l’eau un récipient, un reste d’amphore ou de bouteille, il se love à l’intérieur. D’où la technique de pêche utilisée sur nos côtes, consistant à immerger un chapelet de “pots” pour capturer l’animal. Pour l’en extraire ensuite ? Un bouchon de javel suffit, disent les mauvaises langues... Ah, autre passion qui lui nuit : une véritable fascination pour la couleur blanche, qui explique la présence de gobelets blancs dans les nasses de certains pêcheurs.

En dehors de ces lubies, le poulpe est, disons, assez familier. "On peut l’apprivoiser facilement, confie Michel Cantou, plongeur scientifique de la faculté des sciences et grand connaisseur de ceux qui peuplent nos côtes. J’ai un temps gardé un poulpe à la station de biologie. Il me reconnaissait. Je lui avais même appris à ne pas se servir de ses tentacules quand il se posait sur mon bras. En revanche, dès qu’un visiteur approchait de l’aquarium, il montait à la surface et, par jeu, l’aspergeait de son siphon."

3 Alimentation.

S’il est si goûteux, c’est que le poulpe se nourrit bien. Les coquillages font bien sûr partie de sa diète mais aussi et surtout les crustacés, crabes, cigales de mer, etc, dont il n’a aucun mal à rompre la carapace avec son bec (eh oui, le pouple a un bec) après les avoir immobilisés (ses glandes salivaires contiennent paraît-il un poison violent). Le poulpe de roc (qui vit dans les zones rocheuses et mange donc plus de crustacés), est en cela plus goûteux.

4 Le poulpe est-il menacé ?

Non, si l’on en croit Michel Cantou, pourtant toujours soucieux - et comptable - de la pérennité des espèces qui peuplent la Méditerranée. "Le poulpe dispose dans le Golfe du Lion des conditions idéales, assure le plongeur : nourriture en abondance, abris nombreux... C’est en outre une espèce qui doit avoir un fort taux de renouvellement eu égard à ses pontes. Je ne pense vraiment pas qu’il soit menacé par la petite-pêche, même si on peut mettre en relation la recrudescence du nombre de langoustes avec le fait qu’il y a un peu moins de poulpes pour s’en délecter."

Malgré une valeur marchande non négligeable (parfois plus de 10 € le kilo au détail pour le roc) et donc un intérêt soutenu de la part des pêcheurs, le pouple aurait donc de belles années devant lui. Ce n’est donc pas demain la veille que la statue qui lui rend hommage sera déboulonnée. Et c’est tant mieux.

*Bacéler : "battre” le poulpe contre une dalle de pierre, par exemple, pour le rendre plus tendre. Le congeler est également efficace.

PATRICE CASTAN



Publié le : Dimanche 16 septembre 2012